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Stratégies de lutte contre les chenilles de lépidoptères

Stratégies de lutte contre les chenilles de lépidoptères
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    Contexte en Nouvelle-Calédonie

    Nous présentons plus en détail ces essais insecticides et d'autres réalisés depuis lors. Les premiers avaient été menés de 1993 à 1997 autour du chlorfluazuron. Puis, cette matière active ayant été retirée du marché, on a testé, en 1998 et 1999, cinq produits, certains d'origine biologique, d'autres issus de la chimie mais tous utilisables en lutte intégrée.

    En  Nouvelle Calédonie, les crucifères sont sujettes aux attaques répétées de plusieurs espèces de Lépidoptères (1) : par ordre d'importance décroissant, sont identifiés la teigne du chou Plutella xylostella (Linné), la chenille défoliatrice Crocidolomia binotalis (Zeller), le foreur du chou Hellula undalis (Fabricius), la chenille arpenteuse Chrysodrixis sp et la noctuelle de la tomate Helicoverpa armigera (Hübner). Des observations réalisées sur les cultures laissent à penser qu'il n'existe pas dans l'Archipel de parasite ni de prédateur de ces ravageurs, en particulier de P xylostella.

    Comme dans tous les pays les agriculteurs ont tendance à utiliser de façon systématique et continue l'insecticide polyvalent présentant la meilleure efficacité jusqu'à ce que celle-ci diminue avec le développement de races résistantes (2).

    Se basant sur les travaux du GTZ (Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit) à Fidji et prenant exemple sur les opérations de la CPS (Communauté du Pacifique Sud), nous avons développé des essais de lutte chimique contre la teigne et par extension les autres Lépidoptères ravageurs, dans une démarche de lutte intégrée. Les recommandations de la CPS associent un parasite Diadegma sp. aux pulvérisations de Bacillus thuringiensis et de chlorfluazuron (Atabron). Aussi nous avons conduit des essais de 1993 à 1997 pour définir un programme de traitements à base de chlorfluazuron dans une stratégie de lutte intégrée.

    Mais ce dernier produit n'est plus autorisé. De plus, si l'efficacité du Bt subspp. kurstaki (Dipel, Bactospéine, Biobit) est relativement correcte en saison fraîche par temps non pluvieux, elle est très insuffisante en saison chaude et pluvieuse (nombreuses générations de P xylostella au cours de la saison, lavage des produits).

    Nous avons donc conduit des essais en 1998 et 1999 avec pour objectif le remplacement de I'Atabron par des produits de la même famille, utilisables dans une stratégie de lutte intégrée.

    (1) Les cultures légumières en Nouvdlc-Colédonie, Phytoma-LdV n' 519 de Stptembre 1999, pp. 28 à 31.

    Plutella xylostella
    Plutella xylostella
    Chou non traité contre les chenilles
    Chou non traité contre les chenilles

    Expérimentations de 1993 à 1997

    Les essais ont été plus particulièrement orientés dans un premier temps sur l'efficacité d'insecticides nouveaux contre P. xylostella, étant donné la faible efficacité des insecticides polyvalents utilisés par les producteurs. Une première série d'essais a été menée afin d'étudier les modalités d'utilisation de l'Atabron (5% de chlorfluazuron) en fonction des saisons, ainsi que sur les possibilités offertes par les nouvelles formulations de B. thuringiensis seules ou en combinaison avec l'Atabron. Le tableau 1 expose les principales caractéristiques de cette première série. Après avoir confirmé l'intérêt de l'Atabron (1994-1995), il a paru intéressant de préciser les intervalles entre les applications en fonction de la saison et donc de la pression du ravageur. Les observations sont réalisées à la récolte en distinguant les dégâts dus à P xylostella (1996-1997) sur les feuilles, de ceux dus à C binotalis, surtout localisés au centre du chou, sur les jeunes feuilles er le bourgeon et entraînant en général un défaut de pommaison de la plante.

    L'appréciation de l'effet de l'insecticide se mesure par comptage du nombre de chenilles et de nymphes sur l'ensemble des choux de chaque parcelle, par la pesée des choux commercialisables avec la première feuille enveloppante, des choux commercialisables en deuxième catégorie après effeuillage, et des choux non commercialisables. En fonction des périodes de l'année, le choix des produits, les doses et la fréquence d'application varieront selon les risques encourus.

    Recherches de nouvelles formulations menées en 1998 et 1999

    L'Atabron n'étant plus commercialisé, son remplacement par d'autres produits de la même famille ou par des produits naturels s'est révélé indispensable. En 1998, le Neem-Azal (azadirachtine) et en 1999 trois nouvelles matières actives, ont fait l'objet d'essais comparatifs (Tableau 2, p. 66).

    Cinq formulations sont comparées :

    • le Dipel (Bt ssp. Kurstaki concentré à 16 000 UI) appliqué à 0,75 et à 1 litre par hectare selon le volume de la végétation. Le Bt est utilisable, selon la législation française sans délai avant récolte (2).
    • le Neem Azal (1% d'azadirachtine), appliqué à des doses de 2 litres et 3 litres de produit commercial à l'hectare, en fonction du volume de feuillage développé par les plantes au cours de leur croissance. Ce produit commercialisé par Trifolio M agit sur les larves par ingestion et par contact. Il est autorisé en périodes de récoltes aux États-Unis (6).
    • le Polo (50 g/1 de diafenthiuron) appliqué à 480 ml et 640 ml à l'hectare, selon le volume de la végétation, avec un délai avant récolte de 14 jours sur choux, selon recommandation des fabricants. Ce produit du groupe des perturbateurs de mue appartient à la famille des thio-urées. Non enregistré par la réglementation française en culture de choux, il est conseillé sur Plutella, Pieris, Thrips parmi, aleurodes et pucerons.
    • le Proclaim développé par Novanis (192 g/l d'emamectine benzoate) est appliqué à 450 ml et 600 ml à l'hectare, selon la végétation. Ce produit du groupe de l'avermectin est étudié par divers laboratoires spécialisés dans la lutte contre les Lépidoptères. Il est plus efficace par ingestion mais montre aussi une certaine efficacité par contact. Ayant une pénétration translaminaire, il a une plus longue action. Il n'est pas systémique. Le délai d'emploi avant récolte est de 5 à 7 jours (3) (4) aux Etats-Unis.
    • La spécialité Match créée par Novartis (50 g/l de lufénuron) appliquée à 200 ml par hectare. C'est un perturbateur de mue de la famille des benzoyl-urées. Il a une faible action de contact, agit surtout par ingestion. Il ne pénètre que très peu dans les feuilles sur lesquelles sa persistance atteindrait 18 jours. Son délai d'application avant récolte est au minimum de 30 jours en Australie.
    • Le Success, développé par Dow Agrosciences (120 g/l de spinosad) appliqué à 400 ml/ha avec un délai avant récolte de moins d'un jour aux Etats-Unis. Ce produit à pénétration translaminaire agir par contact et ingestion. Il a une action reconnue sur de nombreux lépidoptères ; il est conseillé en particulier aux Etats-Unis sur les chenilles de la noctuelle des fruits et des bourgeons (Htlicoverpa sp). Mais il a d'abord été homologué aux Etats-Unis sur Thrips sp. en culture de tomate avec une faible action sur la plupart des auxiliaires utilisés en lutte intégrée (5). Ces cinq spécialités commerciales ne sont pas homologuées en France ni en Nouvelle Calédonie. En revanche, ils font l'objet d'homologations aux Etats-Unis (Success, en 1996 ; Proclaim, en 1998), en Australie et dans certains pays européens (Italie, Espagne).

    Les essais ont été conduits sur la Station de Recherches Maraîchères et Horticoles de Saint-Louis, située dans le sud de la Grande Terre de l'archipel calédonien, à 22.30° de latitude sud. La zone de culture est traversée par l'isohyète 1700. Cette pluviométrie est relativement bien répartie au cours de l'année. (Les données climatologiques de la zone sont diffusées par Météo France).

    Au cours de l'essai de 1999, entre la plantation le 16 mars et les récoltes du 10 au 17 mai, la pluviométrie a été en moyenne de 250 mm mais répartie en une journée de 108 mm, une de 84, cinq de 23 à 33 mm, et des températures élevées pour la saison (moyenne des maxima à 32,2°C en mars ; 29,4 oc en avril ; 27.3 oc en mai ; moyenne des minima : 22,2 oc en mars, 20 oc en avril, 20 oc en mai).

    Des essais variétaux réalisés en fin d'année 1998 avaient montré qu'il existait un foyer important de P. xylostella et d'H. armigera sur la Station d'Expérimentation. Aucune infestation artificielle n'a donc été effectuée. Le support végétal a été Resist Crown, variété bien adaptée au climat, présentant une moindre sensibilité aux maladies bactériennes fréquemment rencontrées (Xanthomonas campestris et Erwinia sp).

    Les traitements hebdomadaires sont appliqués tôt le marin à l'aide d'un pulvérisateur à dos. Des observations sont effectuées en cours de culture afin de suivre l'évolution des attaques pour chaque traitement (niveau d'infestation et cœurs multiples). A la récolte, les choux sont classés en catégories en fonction du degré d'attaque du feuillage par P. xylostella, et par les autres ravageurs, en particulier C. binotalis et H. tmdalis, responsables de l'anomalie dite cœurs multiples.

    Résultats des essais testant le chlorfluazuron (Atabron)

    Dans l'essai Dumbéa 1994, l'appréciation de l'effet des insecticides sur la récolte commercialisable a nécessité l'épluchage des « pommes » (au delà de la première feuille enveloppante) en raison du très fort niveau d'attaque. Le tableau 3 présente les pourcentages de pommes saines et commercialisables, ainsi que le nombre de chenilles de P. xylostella er de C. binotalis pour les traitements à base de Décis, Biobit, Atabron et sur parcelles témoins. Au seuil de 5 o/o, le rest de Newman Keuls distingue deux groupes distincts. L'efficacité des trois formulations n'a pas été très bonne. Les pertes dues aux ravageurs sont de 65 °o sur le témoin, en varient de 45 à 50 o/o sur les parcelles traitées.

    Les résultats de l'essai Dumbéa 1995 font apparaître un niveau d'attaque, exprimé en nombre de chenilles et de cocons de P. xylostella, plus élevé. L'analyse de variance a été effectuée sur le nombre de chenilles de P. xylostella ; il existe une différence significative (à 5 o/o) entre Atabron et Décis, ainsi qu'entre Biobit er Décis, mais pas entre Décis et le témoin sans traitement. Aucun cocon de parasite n'a été observé.

    En récolte commercialisable classée deuxième choix (pommes effeuillées), le poids de choux traités avec Atabron est significativement différent à 5 o/o des choux traités avec Biobit er Décis. Il existe une différence significative entre Décis et le témoin non traité. Pour les choux classés en premier choix (entièrement sains), le traitement avec l'Atabron est significativement supérieur aux autres traitements.

    L'essai réalisé à Dumbéa en 1996 a bien montré l'insuffisance d'efficacité de l'Atabron en applications toutes les trois semaines. Les applications hebdomadaires et par quinzaine ont donné des résultats non différents (à 5%).

    Au cours de l'essai réalisé en février 1997, la fréquence des traitements à l'Atabron la plus efficace était hebdomadaire.

    On note la corrélation négative entre les infestations par P. xylostella et les rendements commerciaux. De même, plus le nombre de C. binotalis est élevé, plus le nombre de cœurs multiples s'accroît.

    L'analyse de variance sur le nombre de C. binotalis n'a pas mis en évidence de différence significative entre traitements ; mais la précision est trop faible (CV = 95%) pour que cette conclusion soit retenue.

    Résultats obtenus avec les nouvelles formulations insecticides testées en 1998-1999

    Au début de la saison chaude et humide dans l'essai Saint-Louis 1998, deux matières actives, spinosad (Success) et emamectine benzoate (Proclaim) ont donné des résultats satisfaisants. Les plants ont été particulièrement affectés par des pourritures du cœur. Les rendements commerciaux des parcelles non traitées sont quasiment nuls, traduisant une forte pression des ravageurs.

    Au cours du dernier essai (Saint-Louis, 1999) effectué en saison chaude et pluvieuse, l'efficacité du Match (dosant 50 g/l de lufénuron) a été  satisfaisante. Les rendements commerciaux sur ces parcelles sont significativement supérieurs (à 5%) aux rendements sur les parcelles traitées aux Dipel, Polo et Success, mais non significativement différents des rendements sur les parcelles traitées au Proclaim et au Neem-Azal T/S.

    Ces résultats confirment la faible efficacité du Bt. Le Polo a été aussi peu efficace. Success a eu une efficacité moyenne. Match et Proclaim sont aussi intéressants que Neem-Azal. Dans les conditions chaudes et humides de l'été, les blessures infligées aux feuilles du centre du plant dégénèrent en entraînant un pourcentage plus élevé de pommes pourries à la récolte. Sur ce point, on peut remarquer un manque d'efficacité sur les chenilles dévoreuses du cœur (C. binotalis) du Dipel et du Polo.

    Comme le précise la figure 1 p. 65, la persistance d'action des produits est une donnée importante à prendre en compte, car les applications en fin de cycle sont plus délicates et moins pénétrantes, en raison du plus grand volume de la végétation. Les chenilles se positionnant à la base et dans le cœur de la pomme sont moins touchées par les insecticides, et celles infestant précocement la culture atteignent des stades plus résistants lors des dernières applications.

    Discussion, perspectives et conclusion

    En début de cycle, les attaques de P xylostella et de C. binotalis sont hétérogènes. Les interprétations des résultats ont donc été plus délicates, notamment lorsque certains produits, comme Biobit et Success, n'ont été efficaces que sur une seule espèce, P xylostella er non sur C binotalis dans les essais respectivement de 1994-1995 et 1998-1999.

    Les premiers essais avaient montré la plus grande efficacité des dérégulateurs de croissance d'insectes tels l'Atabron (chlorfluazuron) par rapport aux insecticides habituellement utilisés par les agriculteurs. La compatibilité de ces produits avec la lutte intégrée prenant en compte les parasiroïdes de la teigne double leur intérêt.

    En saison fraîche, en revanche, les traitementspeuvent êrre espacés er la fréquence adaptée aux invasions de P xylostella; deux traitements consécutifs à cinq jours d'intervalle à l'éclosion peuvent être suivis d'une période sans traitement jusqu'à une nouvelle éclosion éventuelle.

    Les recommandations peuvent associer l'application d'un dérégulareur de croissance en alternance avec une formulation à base de Bt.

    En saison chaude er humide les nouvelles formulations suffisamment efficaces et compatibles avec la lune intégrée (Proclaim, Match et Success) pourraient être vulgarisées. Les délais d'emploi avant récolte de Proclaim et Success sont plus souples (de 2 à 7 jours), permettant les traitements plus près de la récolte.

    L'alternance de plusieurs formulations permettra de limiter l'apparition de souches résistantes de P xylostella. L'ordre d'utilisation de la plantation jusqu'à la récolte tiendra compte des délais respectifs d'application avant récolte.

    Les programmes de traitements devront être affinés en précisant les doses par hectare en fonction de la végétation, et les fréquences d'application.

    Le Neem Azal en pulvérisations foliaires a été moyennement efficace, ce qui est normal ; ce produit étant dégradé par le rayonnement solaire. L'intérêt des formulations actuelles réside dans sa systémie ascendante, donc dans son application au pied des plants. La recommandation d'emploi devra préciser ce mode d'application.

    Le Polo devra faire l'objet d'essais complémentaires en saison fraîche, afin de mieux apprécier son efficacité vis-à-vis de P xylostella ; donc dans des conditions moins contraignantes que celles de l'été, unique saison pendant laquelle cette formulation avait été essayée.

    La gravité des attaques relevées en saison chaude, est due à plusieurs espèces de lépidoptères (P xylostella, C binotalis, H. undalis et H. armigera). La lutte chimique étudiée a surtout été dirigée contre P xylostella, mais l'efficacité vis-à-vis de C binotalis et H. undalis a aussi été observée. Le choix des produits à conseiller rient compte de ces trois ravageurs, les plus fréquents sur le Territoire.

    La maîtrise de la teigne devra être complétée par des introductions de parasiroïdes adaptés aux conditions climatiques locales sur des cultures sous programmes chimiques à base des formulations qui se sont montrées efficaces dans les essais conduits de 1994 à 1999.

    Résumé

    Chou en Nouvelle-Calédonie

    De 1993 à 1997, des programmes de traitement à base de chlorfluazuron (Atabron) ont été développés pour maîtriser la teigne du cbou (Plutella xylostella en Nouvelle Calidonie. Dès 1998, de nouvelles formulations utilisables en lutte intégrée ont été testées au champ pour remplacer le chlorfluazuron : diafentburon (Polo), lufenuron (Match), émamectine benzoate (Proclaim), azadiracbtine (Neem Azal), spinosad (Success).

    Le lufénuron (dérégulateur de croissance) a montré la plus grande efficacité en terme de production de choux commercialisables, notamment en saison chaude. En fin de cycle de culture, l'altemance avec des produits à courts délais d'emploi avant récolte selon les pays, deux à trois jours pour Bacillus thuringiensis, azadiracbtilu et spùzosad, sept pour l'emamectine benzoate} prolonge son action en limitant l'apparition de souches résistantes de Plutella. La pression au champ exercée par d'autres chenilles de Lépidoptères (Crocidolomia binotalis, Hellula undalis) reste forte. Ces ravageurs secondaires doivent être pris en compte dans les programmes de traitement chimique et dans le choix à venir de parasitoides de la teigne adaptés au climat local.

    Mots-clés : Nouvelle Calédonie, chou, teigne du chou (Plutella xylostella), chlorjluazuron, azadivachtine, spinosad, emamectine benzoate, lufénuron, diafonthuron, lutte intégrée, Lépidoptères.

    Référent / Contact

    Stéphane LEBÉGIN
    Ingénieur agronome
    Institut agronomique néo-calédonien (IAC)
    Mis à jour le 28/04/2026
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