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Taro d'eau

Taro d'eau

 

Taro d'eau

Colocasia esculenta (var esculenta)
Mis à jour le 07/08/2026

Le taro d'eau (Colocasia esculenta) est une plante alimentaire majeure des zones tropicales humides, cultivée pour son tubercule riche en amidon. En Océanie, il revêt aussi une forte valeur culturelle et symbolique.  

Taro d'eau
Colocasia esculenta (var esculenta)
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    • Identité

      Nom scientifique
      Colocasia esculenta (var esculenta)
      Famille
      Araceae
      Statut Biogéographique
      Plante introduite cultivée
      Origine géographique
      Asie du Sud-est
      Distribution géographique
      Pays intertropicaux
      Noms Kanak
      Mwa (A'jië)
      Makué (Drehu), Waud (Nengone)
      Néé (Drubea),
      Talo (Faga Uvea)
      Hyo (Nemi)
      Âju-wë (Paicî)
      Mwè (Xârâcùù)
      Autres noms communs
      Dasheen
      Old cocoyam (Pacifique anglophone)
      Dalo, Talo, Kalo (Polynésie)
      Dachine (Martinique), Madère (Guadeloupe), songe de Chine (La Réunion)
    • Description

      Type de plante
      Herbacée
      Feuillage
      Persistant
      Durée de vie
      Annuelle
      Hauteur à maturité
      Entre 50 cm à 2 m
      Largeur à maturité
      Entre 50 cm et 2 m
      Système racinaire
      Développé
    • Conduite culturale

      Multiplication
      Bouturage
      Où planter ?
      Intérieur
      En pot
      Extérieur
      Pleine terre
      Type de sol
      Sol drainant
      Tous types
      Humifère
      Densité
      20 000 plants / ha
      Productivité
      20 à 50 t/ha
      Pollinisation
      --
      Croissance
      Modérée
      Entretien / Soins
      Facile
      Exposition au soleil
      Soleil
      Besoin en eau
       
       
       
       
       
      Résistance à la sécheresse
       
       
       
       
       
    • Santé

      Résistance aux ravageurs
       
       
       
       
       
      Résistance aux maladies
       
       
       
       
       
      Principaux ravageurs
      Pucerons
      Chenilles
      Principales maladies
      Virus
      Cladosporiose
    • Usage & vertus

      Alimentation
      Transformation
      Cuisiné
      Vertus
      Digestion
      Autre usage
      Médecine naturelle
      Médecine kanak
    • Saisonnalité

      Semis
      Jan
      Fév
      Mar
      Avr
      Mai
      Juin
      Juil
      A
      Sep
      Oct
      Nov
      Déc
      Floraison
      Jan
      Fév
      Mar
      Avr
      Mai
      Juin
      Juil
      A
      Sep
      Oct
      Nov
      Déc
      Récolte
      Jan
      Fév
      Mar
      Avr
      Mai
      Juin
      Juil
      A
      Sep
      Oct
      Nov
      Déc
    Cormes de Taro d'eau © Istock-Chercvc
    Cormes de Taro d'eau © Istock-Chercvc

    Généralités

    Le taro d'eau (Colocasia esculenta), également appelé dasheen, est une plante herbacée vivace de la famille des Aracées. Il est cultivé principalement pour son corme, riche en amidon, consommé comme un légume-racine, ainsi que pour ses jeunes feuilles et ses pétioles, également comestibles après cuisson.

    Contrairement aux tubercules de la pomme de terre ou de l'igname, les réserves du taro sont stockées dans sa tige souterraine renflée, appelée corme, et non dans les racines.

    Aujourd'hui, le taro est cultivé dans la plupart des régions tropicales, subtropicales et, plus localement, dans certaines régions tempérées. Il est également apprécié comme plante ornementale.

    En 2021, la production mondiale s'élevait à 12,8 millions de tonnes sur une superficie de 1,8 million d'hectares (FAOSTAT, 2022). L'Afrique représente près de 80 % de cette production, le Nigeria, le Cameroun et la Chine figurant parmi les principaux pays producteurs. Ces statistiques sous-estiment toutefois l'importance réelle du taro. Seuls 46 pays déclarent leur production à la FAO, alors que cette plante occupe une place essentielle dans les systèmes vivriers de nombreuses régions tropicales, où elle est cultivée dans les jardins familiaux et les exploitations de subsistance. 

    Multiplié presque exclusivement par voie végétative, le taro ne fait pratiquement pas l'objet d'une production commerciale de semences. Malgré ses nombreux atouts, notamment sa bonne adaptation aux conditions tropicales humides et son potentiel face au changement climatique, il demeure une culture relativement peu étudiée et bénéficie encore de peu de programmes d'amélioration variétale.

    En Nouvelle-Calédonie, la production commerciale de taro reste modeste, avec une production moyenne de 99,6 tonnes par an entre 2010 et 2025.

    En revanche, sa production vivrière est beaucoup plus importante. Au cœur des pratiques agricoles et culturelles kanak (voir plus loin), le taro est largement cultivé dans les jardins familiaux et les tribus. Une étude de l'Institut agronomique néo-calédonien (IAC) estimait qu'en 2010, la production non marchande de tubercules (ignames et taros confondus) atteignait environ 10 000 tonnes dans les tribus de Nouvelle-Calédonie.

    En Nouvelle-Calédonie, plusieurs espèces de taros sont cultivées (voir plus loin). Parmi elles figure notamment le taro de montagne (Xanthosoma sagittifolium), originaire d'Amérique tropicale. Bien qu'ils appartiennent tous deux à la famille des Aracées, le taro d'eau et le taro de montagne sont deux espèces distinctes présentant des caractéristiques botaniques et agronomiques différentes (voir la fiche « Taro de montagne »).

    Sources : Guyard S. et al. 2013, Lebot V. & Ivančič A., 2022.

    Origine, domestication et diffusion

    Le taro d'eau (Colocasia esculenta) est l'une des plus anciennes plantes cultivées au monde. Son origine exacte reste débattue. Les études récentes suggèrent qu'il est issu de populations sauvages réparties entre l'Asie du Sud-Est, la Mélanésie et le nord de l'Australie, où plusieurs foyers de domestication indépendants auraient existé.

    Plante alimentaire et culturelle majeure dans de nombreuses sociétés océaniennes, le taro a accompagné les migrations humaines à travers le Pacifique depuis plusieurs millénaires. Multiplié presque exclusivement par voie végétative, à partir de fragments de corme ou de rejets, il a été transporté d'île en île au fil des migrations. Les sélections variétales réalisées par les agriculteurs au cours des générations a favorisé l'apparition et la conservation d'une grande diversité de cultivars.

    En Nouvelle-Calédonie, les premiers navigateurs Lapita, arrivés il y a environ 3 000 ans (vers 1000 av. J.-C.), ont introduit plusieurs plantes alimentaires qu'ils transportaient au cours de leurs migrations, notamment le taro, les ignames, les bananiers, la canne à sucre et probablement le cocotier. Ces cultures ont constitué la base de l'agriculture océanienne pendant des millénaires et occupent encore aujourd'hui une place importante dans l'alimentation et la culture kanak.

    Les anciennes tarodières

    Les vestiges de grandes tarodières en terrasses, encore visibles notamment au col de la Pirogue (Païta) et au col des Roussettes (entre Bourail et Houaïlou), témoignent de l'ingéniosité des sociétés kanak anciennes. Les plus anciennes tarodières sont datées des VIe à VIIIe siècles apr. J.-C. Elles étaient alimentées par un réseau élaboré de barrages, de canaux et de terrasses permettant d'acheminer l'eau par gravité jusqu'aux parcelles cultivées situées dans les vallées de la Chaîne centrale. Ces aménagements, parfois développés sur plusieurs hectares, correspondent à une phase d'intensification agricole liée à l'augmentation des populations et à l'occupation progressive de l'intérieur des terres. Ils illustrent la remarquable maîtrise de l'hydraulique, de l'aménagement des paysages et de la gestion de l'eau par les sociétés kanak pré-européennes.

    Une plante à forte valeur symbolique

    Dans la société kanak, le taro occupe également une place importante dans les représentations culturelles.

    • Le taro géant (Alocasia macrorrhiza) est associé à la fécondité et à la naissance. Dans certaines régions du nord de la Grande Terre, il est entouré de nombreux interdits : le toucher sans précaution ou sans respect est notamment réputé pouvoir provoquer le tonnerre et la foudre.

    • Le taro d'eau (Colocasia esculenta) appartient, quant à lui, au monde humide et est traditionnellement associé au principe féminin. Il est le complément indissociable de l'igname, symbole du monde sec et du principe masculin. Lors des cérémonies coutumières, ignames et taros sont ainsi fréquemment offerts ensemble, illustrant la complémentarité des deux plantes.

    Anciennes tarodières, col des roussettes, Nouvelle-Calédonie © A. Bonnet-Vidal (Lincks & Agripédia NC)
    Anciennes tarodières, col des roussettes, Nouvelle-Calédonie © A. Bonnet-Vidal (Lincks & Agripédia NC)

    Usages et vertus

    Le taro d'eau est principalement cultivé pour son corme, consommé après cuisson comme un légume-racine. Ses jeunes feuilles et ses pétioles sont également consommés dans de nombreuses régions tropicales, où ils entrent dans la préparation de plats traditionnels.

    Qualités nutritionnelles

    Le taro d'eau est une plante nourrissante aux qualités nutritionnelles intéressantes. Son corme constitue une bonne source de glucides complexes, de fibres alimentaires, de vitamines (notamment C et E), de minéraux (potassium, phosphore, calcium), ainsi que de composés antioxydants. Il représente ainsi un aliment énergétique et équilibré, largement consommé dans les régions tropicales.

    Tableau 1. Composition pour 100 g du corme de taro d'eau cuit (source ciqual.anses.fr)

    Énergie 131 kcal
    Eau 63,8 g
    Protéines 0,52 g
    Glucides 29,5 g
    Lipides 0,11 g
    Fibres 5,1 g
    Calcium 18 mg
    Fer 0,72 mg
    Magnésium 30 mg
    Phosphore 76 mg
    Potassium 484 mg
    Sodium 15 mg
    Vitamine C 5 mg
    Vitamine E 2,93 mg
    Vitamine B9 19 µg

     

    Préparations culinaires

    Le corme du taro d'eau est la partie la plus consommée. Il a un goût doux et légèrement sucré, à mi-chemin entre la pomme de terre, l’artichaut et le navet. Il peut être préparé de nombreuses façons :

    • bouillie
    • à la vapeur
    • cuit au four, rôtis, en gratin
    • en soupe ou velouté
    • en friture
    • en purée
    • à l'étouffée : c’est la méthode utilisée pour préparer le bougna, plat traditionnel kanak. Le taro y est accompagné de légumes, de viande ou de poisson, arrosé de lait de coco, assaisonné, enveloppé dans des feuilles de bananier, puis cuit lentement dans un four en pierre traditionnel.
    • en farine
    • en chips et flocons
    • en conserve et surgélation

    Les jeunes feuilles, les pétioles, les inflorescences et les stolons frais du taro sont cuits à la vapeur ou bouillis et consommés comme des légume

    👉 À découvrir : de délicieuses recettes dans Les récoltes du Caillou et dans Le taro  dans la cuisine du Pacifique.

    ⚠️ Précaution d'usage

    Le taro cru est toxique. Toutes les parties de la plante contiennent des cristaux d'oxalate de calcium pouvant provoquer une forte irritation de la bouche, de la gorge et du tube digestif.

    Une cuisson complète est indispensable avant toute consommation.

    Vertus médicinales

    Les feuilles, tiges et racines du taro sont utilisées dans les pharmacopées traditionnelles pour :

    • soulager les brûlures, piqûres et démangeaisons,

    • calmer les maux d’estomac, la diarrhée et les otites.

    Autres usages

    Le taro d’eau est une plante aux multiples usages (3) :

    • Ornementale : avec ses grandes feuilles vertes à nervures pourpres, il est apprécié comme plante décorative, en intérieur ou autour des bassins.

    • Utilitaire : en Polynésie et au Vanuatu, ses feuilles sont utilisées comme parapluies ou pour couvrir les huttes.

    • Cosmétique : au Japon, le corme est transformé en éponge végétale pour le nettoyage et l’exfoliation du visage.

    • Agroalimentaire : le glucomannane, un mucilage extrait du corme (code F425), est utilisé comme épaississant, gélifiant ou émulsifiant dans de nombreuses préparations industrielles.

    Description de la plante

    1 phrase d'intro taro d'eau

    Allure

    • Plante herbacée vivace, pouvant atteindre plus de 2 mètres de hauteur.
    • Développement en rosette, avec un feuillage dense et imposant.

    Feuilles

    • Grandes feuilles cordiformes (en forme de cœur), pointues à l’extrémité, de couleur verte à violacée.
    • Limbe épais, pouvant mesurer jusqu’à 85 cm de long et 60 cm de large.
    • Disposition spiralée autour de la tige (rosette)
    • Nervures saillantes vertes à violettes
    • Pétiole inséré au centre du limbe, ce qui donne à la feuille une orientation vers le bas. Il peut mesurer de 50 cm à 1 mètre, et sa couleur varie du vert au violet.
    Pied de taro d'eau, Colocasia esculenta © Agripédia
    Pied de taro d'eau, Colocasia esculenta © Agripédia
    Anatomie végétale du taro d'eau C. esculenta © E. Bonnet-Vidal (Lincks) d'après J. Brévart - Agripédia
    Anatomie végétale du taro d'eau C. esculenta © E. Bonnet-Vidal (Lincks) d'après J. Brévart - Agripédia

    Fleurs

    • Floraison : de février à mai.
    • Inflorescence en spadice, typique des Aracées (comme l’arum) avec un épis central entouré d’une bractée appelée spathe.
    • Spathe composé d’une base verte (3 à 5 cm) et d’une partie supérieure jaune (15 à 35 cm), enroulée à son extrémité.
    • Les fleurs sont petites et unisexuées (5) :
      • ➤ Fleurs femelles (ovaires) à la base du spadice.
      • ➤ Fleurs mâles (étamines) au sommet

    Fruits

    • Petites baies regroupées en grappe.
    • Couleur orangée à maturité

    Graines

    • Chaque baie contient 2 à 5 graines (5).
    • Chaque graine donne naissance à une nouvelle variété.

    Tige, racines, corme

    • La partie souterraine comprend 2 éléments principaux :
      • ➤ Le corme principal qui correspond à la base de la tige. Il est gorgée d'amidon. Il a une forme ovale, oblongue ou arrondie et peut peser plusieurs kilos.
      • ➤ Des racines fasciculées localisées sur le tiers supérieur du corme.
    • Le système racinaire se comporte comme un tronc qui lorsqu'il grandit, remonte vers la surface.
    • Le corme principal peut produire :
      • ➤ Des surgeons ou rejetons (stolons) qui donnent naissance à des cormes secondaires.
      • ➤  Ou, selon la variété, des branches soudées directement au corme principal
    Taros d'eau vendus sur un marché de Nouméa © E. Bonnet-Vidal (Lincks)
    Taros d'eau vendus sur un marché de Nouméa © E. Bonnet-Vidal (Lincks)

    Espèces et variétés

    Plusieurs taros sont cultivés en Nouvelle-Calédonie (voir détails plus loin) : le taro d'eau, le taro bourbon, le taro des montagnes et le taro géant.Les principales espèces cultivées en Nouvelle-Calédonie sont les suivantes (1) :

    • Taro d’eau (Colocasia esculenta var. esculenta) : c’est l’espèce la plus cultivée sur le territoire, avec plus de 90 variétés recensées.

    • Taro bourbon (Colocasia esculenta var. antiquorum) : une autre variété de Colocasia, moins répandue.  Produit un corme principal accompagné de nombreux cormes secondaires en dormance. Ses petits cormes parfumés sont récoltés et commercialisés, appréciés pour leur saveur délicate.

    • Taro de montagne (Xanthosoma sagittifolium, aussi appelé macabo) : cultivé principalement en zone sèche ou en montagne. dire un mot de plus

    • Taro géant (Alocasia macrorrhiza, dit « oreille d’éléphant ») : peu cultivé en Nouvelle-Calédonie mais avec une valeur culturelle kanak il est présent à l’état sauvage ; plus fréquent à Wallis-et-Futuna.

    • Taro géant des marais (Cyrtosperma merkusii) : introduit en 2015 au Centre des tubercules tropicaux. Il n’est pas encore cultivé localement (cycle très long de 10 à 15 ans).

    Il existe deux grands types de variétés de taros d'eau :

    Variétés normales "mono-tiges" 

    • Une seule tige principale sur le corme mère.

    • Les rejets éloignés du pied principal.

    Variétés à branches 

    • Elles sont aussi appelées "jari" en langue vernaculaire ou "branched corm" en anglais
    • Plusieurs tiges soudées au corme principal.

    • Peu ou pas de stolons.

    Taro multibranches, variété kary © Sebastien Blanc, Adecal Technopole
    Taro multibranches, variété kary © Sebastien Blanc, Adecal Technopole

    Saisonnalité, calendrier

    Plantation des boutures

    • Culture pluviale (sans irrigation) : planter vos boutures au début de la saison chaude (en décembre, janvier).
    • Culture irriguée : plantation possible toute l’année, mais attention aux températures inférieures à 15°C (entre juin et septembre) qui peuvent stopper la croissance du taro d’eau. 

    ⚠️ Plantation en juin-août déconseillée en raison des risques de :

    • désordres physiologiques sur le tubercule mère à la reprise de croissance (décembre - janvier).
    • risque de pourritures lié à un excès d’humidité en fin de cycle.

    Récolte des cormes

    • Culture pluviale (sans irrigation) : récolte 7 à 8 mois après la plantation, entre juillet et août.
    • Plantation en saison fraîche (juillet-août) : récolte plutôt 9 à 10 mois après, soit vers mai-juin de l’année suivante (1).

    Influence du climat calédonien (1).

    • La période sèche (août à décembre) ne permet pas un second cycle dans l’année : la plante entre en dormance pendant cette saison. Elle reprend sa croissance avec le retour des pluies.
    • Cette saisonnalité naturelle protège la plante des maladies de fin de cycle (pourritures)

    Cycle du taro d'eau

    Le cycle du taro d'eau comprend trois grandes phases :

    Phase d'installation

    • Semaines 1 à 8 / jusqu'à la fin du 2e mois
    • La bouture produit ses premières feuilles

    Phase de développement végétatif

    • Semaines 8 à 25 / jusqu'au 6e mois
    • Croissance rapide de la partie aérienne (feuilles)
    • La plante atteint sa hauteur maximale
    • Phase très sensible au manque d’eau

    Phase de maturation (grossissement du corme)

    • Semaines 25 à 40 semaine / jusqu'au 8e mois
    • Les feuilles jaunissent, rétrécissent, puis sèchent
    • Le corme grossit et se charge en réserves
    • Phase de sensibilité à l'excès d'humidité (risque de pourritures)
    Le cycle du taro, infographie © Agripedia - E. Bonnet-Vidal d'après Julien Brévart.
    Le cycle du taro, infographie © Agripedia - E. Bonnet-Vidal d'après Julien Brévart.

    Production en Nouvelle-Calédonie

    La quantité de taros commercialisés sur les marchés néo-calédoniens a connu une forte croissance entre 2005 et 2013, avec une chute importante au cours de l'année 2012. Depuis 2014, les volumes vendus connaissent une décroissance discontinue pour atteindre 68 tonnes en 2022.

    Quantités de taros commercialisés sur les marchés de Nouvelle-Calédonie entre 2005 et 2022, source Davar et CAPNC
    Quantités de taros commercialisés sur les marchés de Nouvelle-Calédonie entre 2005 et 2022, source Davar et CAPNC

    Caractéristiques des espèces ou variétés les plus cultivées en Nouvelle-Calédonie

    Il existe plus de 90 variétés locales et introduites de taro d’eau en Nouvelle-Calédonie, reconnaissables à leurs morphotypes variés (1,5). Cette diversité s’enrichit régulièrement grâce :

    • aux croisements réalisés par certaines productrices (notamment sur la côte Est),

    • aux introductions de matériel végétal sain (vitrolants) opérées par le Centre des tubercules tropicaux.

    Les variétés multipliées au centre des tubercules tropicaux (Adecal-Technopole) ont été choisies pour :

    • la forme régulière de leur corme,

    • la diversité de leurs saveurs,

    • leurs rendements intéressants.

    👉 Consulter le catalogue des variétés de taros d'eau multipliées au Centre des tubercules tropicaux de Nouvelle-Calédonie (2019-2021) (6).

    Diverses variétés de taros, Maré © Sébastien Blanc, Adecal - Technopole
    Diverses variétés de taros, Maré © Sébastien Blanc, Adecal - Technopole

    Multiplication du taro par les rejets

    • Ce sont des plants complets extraits de la parcelle avec leur petit corme.
    • Cette multiplication végétative permet de conserver la même variété de génération en génération

    • Choisir des plants de même taille et allure, pour une plantation homogène.

    • Sélectionner des rejets sains, indemnes de maladies.

    • Un plant peut produire 1 à 8 rejets, selon la variété.

    • Supprimer les feuilles et le corme avant plantation.

    • Stocker dans un lieu humide et ombragé, de type pépinière à boutures.

     

    Remarque : on peut éventuellement prendre une bouture de tête issu du corme principal après la récolte.

    Exigences environnementales

    • Parcelle ensoleillée

    • À l'abri du vent

    Sol et préparation du sol

    • Tout type de sol :

    • Sols bien drainés, profonds, friables et non inondés

    • Zones humides : bords de rivières, zones marécageuses, ou sols très humides avec drainage maîtrisé.

    • Éviter l'eau stagnante

    Préparation

    • Désherbage : manuel ou mécanique

    • Travail du sol : labour à la charrue à 30 cm environ, puis reprise de labour avec une herse (rotovator) ou des griffes, à 5–7 jours d’intervalle pour ameublir le sol.

    • Ouverture des trous de plantation :

      • ➤ En culture manuelle → à la pelle : trous de 15 à 20 cm de profondeur

      • ➤  En culture mécanisée → à la tarière à moteur ou au corps rayonneur, pour former des sillons d’environ 20 cm de hauteur.

    Plantation

    • Planter la bouture au fond du trou ou du sillon.
    • Recouvrir avec un paillage épais pour maintenir l’humidité : paille de sorgho, paragrass, feuilles de cocotiers

    • 1 à 2 mois après la plantation :
      • ➤  reboucher les trous

      • ➤  butter les plants, à l'aide d'une binette en culture manuelle (ramener de la terre au pied du plant). Cela évite que le corme soit attaqué par les rats, les poules d'eau ou les insectes ravageurs. En culture mécanisée, utilisez un outil à dent, puis la butteuse, afin de ne pas abimer les racines si la plantation a été faite au fond des sillons.

    Densité de la plantation

    • Espacement recommandé : 50 à 70 cm entre chaque plant sur la ligne

    • Densité optimale : 20 000 à 22 000 plants/ha

      • ➤  Espacement trop grand → les cormes seront gros, moins nombreux et les mauvaises herbes s'immisceront entre les plants.

      • ➤  Espacement trop serré → les cormes seront plus petits et il l'enherbement sera maîtrisé par l'ombre naturelle du feuillage.

    Paillage

    Matériaux utilisables pour un paillage efficace :

    • Paille naturelle

    • Feuilles sèches de bananier ou de cocotier

    • Carton

    • Toile tissée

    Fertilisation

    • Adapter les apports à la nature du sol (analyses physico-chimiques recommandées)

    • ⚠️ Éviter les apports d’azote dans les 3 derniers mois avant récolte, car le corme deviendrait mou et spongieux.

    Plantation manuelle de boutures de taros, parcelle de la Technopole © Sébastien Blanc, Adecal Technopole
    Plantation manuelle de boutures de taros, parcelle de la Technopole © Sébastien Blanc, Adecal Technopole
    Taros d'eau, plantation mécanisée avec métronome, parcelle de la Technopole © Sébastien Blanc, Adecal-Technopole
    Taros d'eau, plantation mécanisée avec métronome, parcelle de la Technopole © Sébastien Blanc, Adecal-Technopole

    Eau et irrigation

    • Pluviométrie optimale : environ 2500 mm/an, bien répartis

    • Possibilité de culture en tarodière irriguée (comme une rizière)

    • Arrosage régulier nécessaire pour maintenir le sol frais et humide, sans excès d'eau, surtout pendant la phase de croissance des feuilles.

    • Méthodes recommandées : aspersion ou goutte à goutte dès le début de la plantation.

    • À partir du 6e-7e mois, réduire progressivement l’arrosage

    ⚠️ Un bref stress hydrique peut stopper la croissance végétative. Le taro supporte l'inondation, mais l'eau ne doit pas stagner

    Récolte du corme

    • 7 à 8 mois après la plantation, lorsque les feuilles jaunissent et sèchent.

    • Lors de l’arrachage, conservez 15 à 20 cm de tige pour une meilleure conservation.

    • En période sèche : les cormes peuvent rester 2 à 3 mois en terre, ce qui permet d’échelonner la récolte.

    ⚠️ Si la maturité est atteinte pendant la saison humide, récoltez rapidement pour éviter la pourriture.

    Taro d'eau, parcelle de 20 jours paillée, Port Laguerre © Sébastien Blanc, Adecal Technopole
    Taro d'eau, parcelle de 20 jours paillée, Port Laguerre © Sébastien Blanc, Adecal Technopole
    Taro d'eau, parcelle de 2 mois paillée, Port Laguerre © Sébastien Blanc, Adecal Technopol
    Taro d'eau, Taro d'eau, parcelle de 2 mois paillée, Port Laguerre © Sébastien Blanc, Adecal

    Conservation

    • Les cormes se conservent mal à température ambiante : ils doivent être consommés ou vendus rapidement, dans les jours suivant la récolte.

    • Conservation possible jusqu’à 6 mois si : température : 10°C ± 3°C et humidité : 85 à 90 %.

    • Les cormes sont faciles à congeler (8).

    Rendement

    Rendement traditionnel : entre 20 et 50 tonnes/ha (8)

    Le temps consacré à la culture d'un hectare se décompose ainsi (en jour-personne) (8) :

    Préparation du sol  20 à 30 jours
    Plantation 6 à 10 jours
    Entretien  25 à 35 jours
    Récolte 30 à 40 jours
    Total 81 à 115 jours.

     

    Maladies et ravageurs

    🌿 Ravageurs des feuilles (1,9)

    • Puceron Aphis gossypiien : peut pulluler sur la face inférieure des feuilles. Peut transmettre le virus de la mosaïque du taro (Dasheen mosaic virus).

    • Insecte sauteur Tarophagus proserpina : s'attaque aux feuilles et aux tiges et se loge dans le coeur du taro ce qui rend difficile les interventions de lutte.  Petit insecte noir avec une large bande blanche sur le dos, spécifique du taro, vecteur de viroses. Par de forte infestation, on peut voir des exudats orange/rouge sur les tiges.

    • Sphinx du taro Hippotion celerio : papillon nocturne. Chenille à éperon noir caudal. Dévore les feuilles jusqu’au pétiole (5). La femelle pond ses œufs les feuilles et en disséminant un par feuille généralement. La larve s'alimente de feuilles. 

    Sphinx du taro, H. celerio © S. Cazeres, IAC
    Sphinx du taro, H. celerio © S. Cazeres, IAC

     

    • Noctuelle du tabac Spodoptera litura : papillon dont les œufs sont déposés en grappe sur les limbes. La femelle pond 200 à 300 œufs sur la face inférieure des feuilles. Les jeunes chenilles sont grégaires, puis solitaires. Elles se nourrissent du limbe. Cycle complet : 1 mois (6 stades larvaires, adulte : 8 jours) (5).

    La noctuelle du tabac S. litura © S. Cazères, IAC
    La noctuelle du tabac S. litura © S. Cazères, IAC
    • Cicadelles : peuvent pulluler sur les feuilles et transmettre des virus.
    • Acarien Tetranychus neocaledonicus : présent sur la face inférieure des feuilles. Larges zones argentées le long des nervures.

    • Champignons : Cladosporium colocasiae (en saison chaude et humide, responsable de cladosporiose avec une perte importante des feuilles, tâches circulaires), Phoma sp., 

    • Virus : mosaïque du taro (DMV), virus de la chlorose des veines du taro (TVCV), taro bacilliform virus (TBV).

    Symptômes du DMV sur feuilles de taro d'eau © Sébastien Blanc, Adecal Technopole
    Symptômes du DMV sur feuilles de taro d'eau © Sébastien Blanc, Adecal Technopole

    🍠 Ravageurs des cormes

    • Champignons : Pythium sp. (présent dans le sol, provoque la pourriture du corme, la chair devient molle et malodorante), Marasmiellus stenophyllus (pourrité du taro)

    • Scarabée du taro Papuana huebneri : vit dans le sol. Sa larve creuse des galeries sur les cormes, les rendant impropres à la commercialisation.

    Scarabée du Taro Papuana huebneri © Antoine Mantilleri, MNHN Paris
    Scarabée du Taro Papuana huebneri © Antoine Mantilleri, MNHN Paris

    Les maladies physiologiques

    • Loliloli : provoqué par un excès d'azote pendant le grossissement du corme (devient spongieux et mou). L'amidon du corme se transforme en sucre et migre vers les feuilles.

    • Pourriture dure : eau du corme qui s’épaissit, craquelle et s’effrite. La chair est parcourue d'indurations de couleur jaune-brun. Atteint le système vasculaire. Serait liée à un excès de sel dans le sol.

    Méthodes de lutte agroécologiques

    • Utiliser des variétés naturellement résistantes aux ravageurs et maladies.

    • Planter des boutures saines provenant de plants sains ;

    • Éviter l'eau stagnante sur la parcelle. Elle s’échauffe et favorise les champignons pathogènes.

    • Ne pas laisser les plants à maturité trop longtemps en terre, surtout en saison humide.

    • En cas de forte attaque, mettre en place le protocole classique de prophylaxie : changer de parcelle, mettre en place une rotation culturale de 2 à 3 ans avec d’autres cultures (autres que les tubercules), nettoyer et désinfecter les outils, ainsi que les docks de stockage (cageots, sols..).

     

    Soutien à la réalisation de cette fiche

    Cette fiche a été réalisée grâce au soutien financier de l'Agence rurale dans le cadre de son appui au développement de la filière « Plantes comestibles, fruits et légumes de diversification ».

    L'Agence rurale et l'Institut agronomique néo-calédonien ont signé une convention de partenariat en juin 2024 pour la réalisation et intégration d'une trentaine de fiches techniques variétales dans Agripedia. L'objectif est ainsi de contribuer à l’amélioration de la couverture alimentaire du pays en proposant des produits locaux originaux, de qualités nutritionnelles et environnementales remarquables et adaptés aux conditions pédoclimatiques de la Nouvelle-Calédonie.

    L'équipe d'Agripedia et l'IAC remercient l'Agence rurale pour ce précieux soutien !

    En savoir plus sur le mécénat GOLD.

    Logos du partenariat "Plantes utiles"
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    Sources

    • (1)  Varin D., 1994. La culture du taro d’eau. Magazine Agriculture et développement N°4, Cirad.

    • (2) Joudy I. D., 2011. Pratiques traditionnelles, valeur alimentaire et toxicité du taro C. esculenta produit au Tchad. Thèse Université Blaise Pascal Clermond Ferrand.

    • (3) Limousin P., 2014. Oceania planta medica, flore de Kanaky, vol. II - Panacées alimentaires - p 190-191

    • (4) Collectif ADCK, 1998. Le guide des plantes du chemin Kanak. Agence de développement de la culture Kanak (ADCK), Centre culturel Tjibaou p 20-21

    • (5) Colocasia esculenta, Taro, Wikipedia  https://fr.wikipedia.org/wiki/Colocasia_esculenta consulté le 14 août 2024.

    • (6) Jordan M., Blanc S., Varin D., 2021. Catalogue des variétés de taro d’eau C. esculenta multipliées au Centre des tubercules tropicaux, Adecal-Technopole.

    • (7) Garnier C., 2004. La culture du taro, note technique. Service du développement rural de Polynésie française, 16 p.

    • (8) Collectif 2023. Mémento de l’agronome. Cirad, Gret, Ministère des affaires étrangères (France). Éditions Quae p 843-850.

    • (9) Mille C., Cazères S., Grandison G., Toussirot M. et Jourdan H., 2023. Guide de reconnaissance des ravageurs et des auxiliaires de Wallis-et-Futuna. IAC Éditions/DSA, 447 pages.

    Auteurs

    Publié : Mai 2025

    Rédaction de la fiche

    Relecture, amendements

    • Sébastien Blanc (Adecal-Technopole, centre des tubercules tropicaux)

    • David Bruy (IRD)

    Citation bibliographique recommandée

    Bonnet-Vidal E., Varin D., Bruy D., Blanc S., (2025). Taro d'eau Colocasia esculentaAgripedia.nc, Institut agronomique néo-calédonien (IAC), avec le soutien financier de l’Agence rurale : https://www.agripedia.nc/ressources-vegetales/plantes-alimentaires/tubercules/taro-deau [En ligne] (consulté le jour/mois/année).

    Voir également FAQ "Comment citer cette référence bibliographique ?"

    Référent / Contact

    Sébastien BLANC
    Responsable du centre des tubercules tropicaux (CTT)
    L'Adecal Technopole
    Mis à jour le 21/08/2026
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